Qu'est-ce
qu'un kô ?
C'est une position où une seule pierre est en atari (menace de prise au coup
suivant) et où l'adversaire, après avoir pris cette pierre, se retrouve lui-même en atari.
Blanc peut prendre la pierre noire en jouant en A. C'est alors à Noir de jouer et il
pourrait prendre la pierre blanche en jouant en B. Et ainsi de suite ... Ça risque de
durer longtemps. La règle dit qu'il faut laisser passer un tour avant de reprendre le kô.
C'est une position très fréquente et qui parfois concerne des situations importantes.
Ainsi, si l'un ou l'autre des joueurs tient à remporter le kô, à chaque tour où
il est interdit de (re)prendre, le joueur jouera ailleurs un coup nécessitant localement
une réponse, ce qu'on appelle une menace de kô.
Dans la partie, il y a un triple kô, ce qui fait que lorsqu'un joueur n'a pas le
droit de jouer le kô 1, il peut jouer le kô 2 et ainsi de suite.
La partie est nulle.
Le mot kô exprime une notion bouddhiste : la
plus grande mesure de temps qu'un être humain puisse concevoir, par exemple un fantôme
apparaît tous les dix ans pendant une brêve période sur un rocher. Le kô est
la durée qu'il faut pour que le rocher soit totalement usé par le doux frottement du bas
de la robe du fantôme..
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Illustration de la règle du kô
La partie montrée ici n'est
pas celle qui a été jouée au temple Honnôji en 1582, elle a été jouée au XVIIIèm
siècle par Inoue Shunseki et Nagano Kaizan. Lire cet article de
Go World.
Des kô étranges
Le kô gluant |
Aperçu historique
LES SHÔGUN
Le Japon est un empire. Depuis le XIIèm siècle l'empereur n'est qu'un chef
spirituel. Le pouvoir est détenu par un Shôgun*, sorte de dictateur militaire qui tient
sont autorité de l'empereur.
Trois shôgunats se sont succédés de 1192 à 1868, on les désigne par le nom de leur
capitale : de 1192 à 1333, le shôgunat de Kamakura ; de 1338 à 1582, celui de
Muromachi (du nom d'un quartier de Kyoto) ; et enfin, de 1603 à 1868, le shôgunat d'Edo
(ancien nom de Tôkyô), pendant lequel le pouvoir est aux mains de la famille Tokugawa.
Au XVIèm siècle le Shôgun fait partie depuis trois siècles de la famille
des Ashikaga. Les guerres entre clans et seigneurs rivaux sont incessantes. Le pays
souffre de l'éparpillement du pouvoir, c'est un monde sans centre. La dernière période
de guerre porte le nom de Sengoku (Pays en guerre), elle dure une centaine d'années,
jusqu'à la victoire d'Oda Nobunaga, premier unificateur du Japon, en 1573.
* Shôgun : titre abrégé de sei-i-tai shôgun ou
"gouverneur militaire contre les barbares", titre conféré par l'Empereur aux
chefs militaires allant combattre les Ezo (ainou) dans le nord de Honshû ou des rebelles
à l'Empereur. L'administration du Shôgun s'appelait le Bakufu. |
ODA NOBUNAGA (
1534-1582 ):
Premier des trois "unificateurs" du Japon, Oda Nobunaga
est probablement celui qui incarne le mieux la fin du règne des Bushis au Japon. Né en
1534, il hérite de son père, dix-sept ans plus tard, du château de Nagoya et son
domaine. Pendant 31 ans il ne va avoir de cesse que d'augmenter son fief et devenir ainsi
le premier seigneur du Japon.
N'hésitant pas à supprimer tout ceux qui se trouve sur son passage ( dont son frère
Nobumitsu ), ou à exiler ses propres parents, il s'en prend en 1560 au seigneur Imagawa
qu'il bat à la bataille d'Okehazama. Son alliance stratégique avec Tokugawa Ieyasu (qui
fondera le Shôgunat dit d'Edo en 1603) lui ouvre alors la porte de nombreuses conquêtes.
En moins de huit ans, il arrive au pouvoir militaire suprême et nomme lui même le
nouveau Shogun Ashikaga Yoshiaki, dont il réduit immédiatement les pouvoirs.
Sa soif de conquête ne s'arrête pas là. Il réduit successivement les familles Asakura
(1570), Asai (1573), et les puissantes sectes religieuses des Ikkô Ikki (1574). Mais il
va se heurter soudainement à la puissance conjointe du Shogun Ashikaga et du fameux
Takeda Shingen qui vont le battre à la bataille de Mitagahara. Oda Nobunaga prendra la
revanche finale à la bataille de Nagashino (1575).
Son règne n'est pourtant pas assuré, il contrôle alors tout le centre du Japon, mais
déjà une autre coalition se forme pour lui résister. Le daimyo de la province
d'Aki, Môri Terumoto, s'allie aux puissantes sectes religieuses, mais sans succès. En
1582, Oda Nobunaga en a fini avec ses ennemis, et l'Empereur le nomme Shôgun.
Au moment où il essayait d'étendre sa domination au sud du Japon, il est trahi par l'un
de ses généraux Akechi Mitsuhide, et contraint de se faire seppuku* le 21 Juin
1582.
Sa réputation de brutalité et de violence est parfaitement justifiée ainsi que le
montre son comportement vis-à-vis de Mitsuhide.
"Pour éviter de prolonger inutilement un siège, toujours dangereux quand il vient
à bloquer aussi l'assaillant, Mitsuhide avait promis la vie sauve au défenseur de la
place (le château de Yakami, près de Kyotô), Hatano Hideharu. Celui-ci avait accepté
l'arrangement mais exigé, en échange de sa reddition immédiate, l'octroi d'un otage, la
propre mère de Mitsuhide, ce qui pour la société guerrière de l'époque est une
garantie normale. Or Nobunaga, justement, ne joue pas toujours le jeu féodal de son
temps; il prend même plaisir parfois à en bousculer les règles. Lorsque Hideharu se
présente pour exprimer son ralliement à la cause de Nobunaga, celui-ci le fait
exécuter, lui infligeant même l'ignominie d'une crucifixion, comme à un malfaiteur de
droit commun. Lorsque les hommes du supplicié apprennent ce dénouement, ils se
saisissent de l'otage, la mère de Mitsuhide, et la font périr dans les pires tourments.
(...) Mais ce geste d'implacable vendetta demeure impuissant à calmer la pire des haines
qui bouleverse son cur : celle de son maître Nobunaga qui, contre toutes les lois
de l'hospitalité et de la guerre chevaleresque, a trahi la parole donnée, traité un samouraï
sans plus de ménagement qu'un voleur et causé la mort horrible d'une vieille femme
innocente." (Hideyoshi, Danielle Elisseeff, Fayard 1986)
Nobunaga surveillait de loin, à Kyoto, un siège difficile mené par Hideyoshi sur la
côte ouest; il n'était entouré que d'une faible escorte. A ce moment l'armée de
Mitsuhide était en route pour soutenir Hideyoshi et passait à proximité, l'occasion
était trop belle.
Le moine Nikkai
Il était considéré comme le plus fort joueur de son époque. Plus tard, il fondera
l'école Honinbo, il sera donc le premier Honinbo sous le nom de Honinbo Sansa..
C'est en 1578 que Oda Nobunaga l'a honoré du titre de Meijin, mais c'est en 1582
qu'a eu lieu la bataille du temple Honnôji. Le triple kô eut bien lieu ce
jour-là; depuis, il a la réputation de porter malheur.
* Seppuku : ce qu'on
appelle abusivement hara-kiri dans le monde occidental. C'est la méthode de
suicide des guerriers. Il existe plusieurs façons de faire seppuku, voici la plus
commune : zyumonzi bara, le style de la croix. En premier lieu, il ne faut
rien manger, au moins un jour avant de faire seppuku. Il est très indécent que
les restes des repas se répandent sur le tatami
Et il faut qu'un kaysakunin
(assistant) soit présent, qui coupera la tête à l'issue de la procédure. Mieux vaut
choisir un maître de l'épée sinon ce sera un véritable gâchis.
L'impétrant se tient droit sur un tatami avec les jambes pliées sous le corps. Il
ouvre son kimono, saisit le wakizashi (sabre court destiné à cet usage) et
se le plante dans le coin inférieur gauche de l'abdomen. Il coupe ensuite lentement vers
la droite, puis vers le haut, au milieu, puis tranche prestement vers le bas. Dès que ce
processus est achevé, le plus tôt possible, le kaysakunin lui coupe la
tête.
Il y avait également d'autres styles où l'on s'ouvrait le ventre juste à l'horizontale
ou en diagonale.
Les femmes n'avaient pas droit au seppuku, elles s'ouvraient la gorge.
Il existe un compte rendu
classique (en anglais) d'un seppuku, écrit par un anglais qui assista à la
cérémonie. Elle eut lieu au début de 1868, à la fin même de l'ère féodale, et fut
exécutée de nuit dans un temple près de Kobe, le protagoniste étant un samouraï du
nom de Taki Zenzaburo condamné pour avoir ordonné à ses hommes de tirer sur des
étrangers dans l'établissement de Kobe. AB. Mitford (plus tard Lord Redesdale) assistait
au seppuku au titre de représentant de la légation britannique. |
Oda Nobunaga

Honinbo Sansa
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