Triple Kô

 

Tout d'abord un problème de traduction. Le traducteur anglais écrit "1582 may 6th, Honnou temple". Honnou n'est pas une bonne traduction, on doit probablement conserver la coutume japonaise qui est de garder le -ji final du nom du temple, lequel -ji veut dire temple. Ainsi un japonais parlera du temple Honnôji, même si il y a deux fois temple.
La remarque sur le ou/ô a déjà été faite.
Le fichier en anglais s'appelle omake, ce qui veut dire cadeau, prime, offert en réduction.

 

Qu'est-ce qu'un kô ?
C'est une position où une seule pierre est en atari (menace de prise au coup suivant) et où l'adversaire, après avoir pris cette pierre, se retrouve lui-même en atari
Blanc peut prendre la pierre noire en jouant en A. C'est alors à Noir de jouer et il pourrait prendre la pierre blanche en jouant en B. Et ainsi de suite ... Ça risque de durer longtemps. La règle dit qu'il faut laisser passer un tour avant de reprendre le .
C'est une position très fréquente et qui parfois concerne des situations importantes. Ainsi, si l'un ou l'autre des joueurs tient à remporter le , à chaque tour où il est interdit de (re)prendre, le joueur jouera ailleurs un coup nécessitant localement une réponse, ce qu'on appelle une menace de

Dans la partie, il y a un triple , ce qui fait que lorsqu'un joueur n'a pas le droit de jouer le 1, il peut jouer le 2 et ainsi de suite.
La partie est nulle.

Le mot exprime une notion bouddhiste : la plus grande mesure de temps qu'un être humain puisse concevoir, par exemple un fantôme apparaît tous les dix ans pendant une brêve période sur un rocher. Le est la durée qu'il faut pour que le rocher soit totalement usé par le doux frottement du bas de la robe du fantôme..



Illustration de la règle du

La partie montrée ici n'est pas celle qui a été jouée au temple Honnôji en 1582, elle a été jouée au XVIIIèm siècle par Inoue Shunseki et Nagano Kaizan. Lire cet article de Go World.

Des kô étranges
Le kô gluant

Les groupes noir et blanc sont chacun concernés par trois  : noir par B, C et D, blanc par A, B et C.

 


A Blanc de jouer

Aperçu historique

LES SHÔGUN
Le Japon est un empire. Depuis le XIIèm siècle l'empereur n'est qu'un chef spirituel. Le pouvoir est détenu par un Shôgun*, sorte de dictateur militaire qui tient sont autorité de l'empereur. 
Trois shôgunats se sont succédés de 1192 à 1868, on les désigne par le nom de leur capitale : de 1192 à 1333, le shôgunat de Kamakura ; de 1338 à 1582, celui de Muromachi (du nom d'un quartier de Kyoto) ; et enfin, de 1603 à 1868, le shôgunat d'Edo (ancien nom de Tôkyô), pendant lequel le pouvoir est aux mains de la famille Tokugawa.
Au XVIèm siècle le Shôgun fait partie depuis trois siècles de la famille des Ashikaga. Les guerres entre clans et seigneurs rivaux sont incessantes. Le pays souffre de l'éparpillement du pouvoir, c'est un monde sans centre. La dernière période de guerre porte le nom de Sengoku (Pays en guerre), elle dure une centaine d'années, jusqu'à la victoire d'Oda Nobunaga, premier unificateur du Japon, en 1573.

* Shôgun : titre abrégé de sei-i-tai shôgun ou "gouverneur militaire contre les barbares", titre conféré par l'Empereur aux chefs militaires allant combattre les Ezo (ainou) dans le nord de Honshû ou des rebelles à l'Empereur. L'administration du Shôgun s'appelait le Bakufu. 


L'entrée du temple Honnôji (Kyoto)


Le temple Jakkôji (Kyoto)
La "terre sainte" du Go

 

ODA NOBUNAGA ( 1534-1582 ): 
Premier des trois "unificateurs" du Japon, Oda Nobunaga est probablement celui qui incarne le mieux la fin du règne des Bushis au Japon. Né en 1534, il hérite de son père, dix-sept ans plus tard, du château de Nagoya et son domaine. Pendant 31 ans il ne va avoir de cesse que d'augmenter son fief et devenir ainsi le premier seigneur du Japon.
N'hésitant pas à supprimer tout ceux qui se trouve sur son passage ( dont son frère Nobumitsu ), ou à exiler ses propres parents, il s'en prend en 1560 au seigneur Imagawa qu'il bat à la bataille d'Okehazama. Son alliance stratégique avec Tokugawa Ieyasu (qui fondera le Shôgunat dit d'Edo en 1603) lui ouvre alors la porte de nombreuses conquêtes. En moins de huit ans, il arrive au pouvoir militaire suprême et nomme lui même le nouveau Shogun Ashikaga Yoshiaki, dont il réduit immédiatement les pouvoirs.
Sa soif de conquête ne s'arrête pas là. Il réduit successivement les familles Asakura (1570), Asai (1573), et les puissantes sectes religieuses des Ikkô Ikki (1574). Mais il va se heurter soudainement à la puissance conjointe du Shogun Ashikaga et du fameux Takeda Shingen qui vont le battre à la bataille de Mitagahara. Oda Nobunaga prendra la revanche finale à la bataille de Nagashino (1575).
Son règne n'est pourtant pas assuré, il contrôle alors tout le centre du Japon, mais déjà une autre coalition se forme pour lui résister. Le daimyo de la province d'Aki, Môri Terumoto, s'allie aux puissantes sectes religieuses, mais sans succès. En 1582, Oda Nobunaga en a fini avec ses ennemis, et l'Empereur le nomme Shôgun.
Au moment où il essayait d'étendre sa domination au sud du Japon, il est trahi par l'un de ses généraux Akechi Mitsuhide, et contraint de se faire seppuku* le 21 Juin 1582.
Sa réputation de brutalité et de violence est parfaitement justifiée ainsi que le montre son comportement vis-à-vis de Mitsuhide.
"Pour éviter de prolonger inutilement un siège, toujours dangereux quand il vient à bloquer aussi l'assaillant, Mitsuhide avait promis la vie sauve au défenseur de la place (le château de Yakami, près de Kyotô), Hatano Hideharu. Celui-ci avait accepté l'arrangement mais exigé, en échange de sa reddition immédiate, l'octroi d'un otage, la propre mère de Mitsuhide, ce qui pour la société guerrière de l'époque est une garantie normale. Or Nobunaga, justement, ne joue pas toujours le jeu féodal de son temps; il prend même plaisir parfois à en bousculer les règles. Lorsque Hideharu se présente pour exprimer son ralliement à la cause de Nobunaga, celui-ci le fait exécuter, lui infligeant même l'ignominie d'une crucifixion, comme à un malfaiteur de droit commun. Lorsque les hommes du supplicié apprennent ce dénouement, ils se saisissent de l'otage, la mère de Mitsuhide, et la font périr dans les pires tourments. (...) Mais ce geste d'implacable vendetta demeure impuissant à calmer la pire des haines qui bouleverse son cœur : celle de son maître Nobunaga qui, contre toutes les lois de l'hospitalité et de la guerre chevaleresque, a trahi la parole donnée, traité un samouraï sans plus de ménagement qu'un voleur et causé la mort horrible d'une vieille femme innocente." (Hideyoshi, Danielle Elisseeff, Fayard 1986)
Nobunaga surveillait de loin, à Kyoto, un siège difficile mené par Hideyoshi sur la côte ouest; il n'était entouré que d'une faible escorte. A ce moment l'armée de Mitsuhide était en route pour soutenir Hideyoshi et passait à proximité, l'occasion était trop belle.

Le moine Nikkai
Il était considéré comme le plus fort joueur de son époque. Plus tard, il fondera l'école Honinbo, il sera donc le premier Honinbo sous le nom de Honinbo Sansa..
C'est en 1578 que Oda Nobunaga l'a honoré du titre de Meijin, mais c'est en 1582 qu'a eu lieu la bataille du temple Honnôji. Le triple eut bien lieu ce jour-là; depuis, il a la réputation de porter malheur.

* Seppuku : ce qu'on appelle abusivement hara-kiri dans le monde occidental. C'est la méthode de suicide des guerriers. Il existe plusieurs façons de faire seppuku, voici la plus commune : zyumonzi bara, le style de la croix. En premier lieu, il ne faut rien manger, au moins un jour avant de faire seppuku. Il est très indécent que les restes des repas se répandent sur le tatami … Et il faut qu'un kaysakunin (assistant) soit présent, qui coupera la tête à l'issue de la procédure. Mieux vaut choisir un maître de l'épée sinon ce sera un véritable gâchis. 
L'impétrant se tient droit sur un tatami avec les jambes pliées sous le corps. Il ouvre son kimono, saisit le wakizashi (sabre court destiné à cet usage) et se le plante dans le coin inférieur gauche de l'abdomen. Il coupe ensuite lentement vers la droite, puis vers le haut, au milieu, puis tranche prestement vers le bas. Dès que ce processus est achevé, le plus tôt possible, le kaysakunin lui coupe la tête. 
Il y avait également d'autres styles où l'on s'ouvrait le ventre juste à l'horizontale ou en diagonale.
Les femmes n'avaient pas droit au seppuku, elles s'ouvraient la gorge.

Il existe un compte rendu classique (en anglais) d'un seppuku, écrit par un anglais qui assista à la cérémonie. Elle eut lieu au début de 1868, à la fin même de l'ère féodale, et fut exécutée de nuit dans un temple près de Kobe, le protagoniste étant un samouraï du nom de Taki Zenzaburo condamné pour avoir ordonné à ses hommes de tirer sur des étrangers dans l'établissement de Kobe. AB. Mitford (plus tard Lord Redesdale) assistait au seppuku au titre de représentant de la légation britannique.


Oda Nobunaga


Honinbo Sansa

 

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