Comment on devient pro

Je viens de passer trois semaines au Japon où Chizu Kobayashi* m'a invité à suivre un entraînement intensif. Au cours de ce séjour, j'ai évidemment visité le siège de la Nihon ki-in (fédération japonaise), mais aussi les trois clubs de Chizu, une école de go et j'ai pu partager la vie d'un pro (Hans Pietsch qui est allemand) et d'un insei (Csaba Mero qui est hongrois). Quelques événements exceptionnels ont complété ce séjour, une cérémonie en l'honneur de Fujisawa Shuko et les deux premières rondes du Fujitsu avec l'élimination de Lee Changho. J'ai également pu visiter Tokyo et assister à la floraison des cerisiers.

Je suis donc arrivé au Japon le 29 avril. Je n'ai pas fait grand chose les deux premiers jours. Nous nous sommes contentés de nous installer dans la banlieue de Tokyo à Ogikubo. Chizu y loue deux appartements de deux pièces pour Hans, Csaba, et tous ses invités européens. J'ai appris qu'un professionnel comme Hans ne dispute que dix tournois dans l'année. A l'exception de l'oteai, ces tournois sont des tournois à élimination directe où Hans se fait assez souvent éliminer dès le premier tour. 
Le tournoi de l'oteai, qui permet de déterminer le grade des professionnels, lui permet par contre de disputer une dizaine de parties supplémentaires chaque année. Hans est actuellement deuxième dan (le rang d'un professionnel ne diminue jamais). Hans occupe le reste de son temps à donner des leçons de go et à s'entraîner un peu. Sa journée commence en général à midi et se termine parfois très tard. La vie de Csaba n'est guère différente de celle de Hans. Il se lève à midi, gagne un peu d'argent en donnant des leçons et passe le reste de son temps à travailler et à participer au championnat des insei (quatre parties d'une demi-heure par joueur une ou deux fois par semaine).

Pour devenir professionnel de go au Japon il faut d'abord être insei (apprenti) puis faire partie des meilleurs insei. Les insei sont 50 à Tokyo répartis en deux groupes, les vingt meilleurs dans la groupe A, les autres dans le groupe B. Chaque mois un classement est fait, il y a huit relégations et huit promotions entre les deux groupes. 

A la fin de l'année les plus forts participent à un tournoi pour désigner les trois nouveaux professionnels à Tokyo auxquels s'ajoutent un pro à Osaka, un à Nagoya et une pro qualifiée par un tournoi réservé aux femmes.

J'ai pu visiter les trois clubs où Chizu, Hans et Csaba donnent des cours. Les trois sont des clubs luxueux et très modernes. L'un a été créé il y a quinze ans par Chizu à l'hôtel New Otani. Un autre à Kokubunji en banlieue dispose de vidéo, ordinateur (logiciels et Internet) et diffuse en permanence le programme de Sky-perfect chaîne payante consacrée exclusivement au go et au échecs japonais (le prix de l'abonnement est de 70 FF par mois). Le troisième à Ginza est réservé à des dirigeants d'entreprises. Dans ces trois clubs on joue sur de gros et beaux goban et des serveuse nous apportent du thé vert et des gâteaux toutes les deux minutes.

J'ai également passé quatre journées dans l'école de go du 9èm dan Kikuji où une centaine d'élèves, enfants de tous âges dont de nombreux insei, passent leurs journées à jouer entre eux et à écouter les cours des quelques jeunes pros de l'école.

Albert FENECH, Club de Go de Strasbourg

* Joueuse de Go professionnelle 5 dan qui parcourt le monde et la France en particulier pour promouvoir le Go.
Trois joueurs de Go français ont fait des stages au Japon en tant qu'insei, mais sans devenir pro.

NB : Un pro gagne sa vie en jouant au Go, il se distingue donc radicalement des amateurs. Un pro peut accorder une partie gratuite à un amateur mais il n'est pas question de jouer une vraie partie à égalité. Ce sera toujours à handicap.


Le matériel de jeu
Les pierres dont on parle ici sont en verre, c'est très courant. Dans les clubs, tout au moins en Europe, on trouve souvent des pierres en plastique, moins chères. Les pierres "de luxe" sont en ardoise pour les noires, en nacre pour les blanches. Dans tous les cas on dit quand même "les pierres". Le mot Go est une déformation du chinois chi; le jeu s'appelle wei-chi en chinois, le jeu des pierres. En Corée il s'appelle Badduk. Les pierres sont normalement bombées des deux côtés mais il existe aussi les pierres dites "chinoises", en verre très lourd, bombées d'un côté, plates de l'autre et de contour irrégulier. 
Le goban est souvent une simple planche mais on peut jouer sur un carton, une feuille de papier etc. Les goban de luxe sont des meubles du genre table basse dont les pieds représentent une fleur de lotus stylisée. On les appelle des kaya du nom de l'arbre réputé donner le meilleur bois pour cet usage, celui qui fait le mieux résonner le choc des pierres. On y joue naturellement accroupis.
Les goban, quels qu'ils soient, ont les lignes et les colonnes écartées de 20 mm dans un sens et de 22 mm dans l'autre de manière à corriger l'effet de perspective.
Un jeu convenable, goban et pierres, coûte en France de 40 à 50 €.


"Kaya" breton
Collection de l'auteur

Un goban très ancien

 


Un jeu chinois
moderne

 


Ramen
Au Japon, “siffler” sa nouille chinoise oscille entre le passe-temps et la pause philosophique. Voir ici.


Compter une partie
La partie est finie, on compte les territoires de chacun; mais dans l'apparent désordre du goban, ce n'est pas évident; on s'efforce donc de déplacer les pierres de façon à faire apparaître des territoires faciles à compter, du genre 5*2, ou 10*3. Traditionnellement, Blanc arrange les pierres noires, Noir arrange les pierres blanches.
En savoir plus.


Jouer pour de l'argent
C'est rare en occident, on joue tout au plus les consommations, mais, comme les paris, c'est très fréquent dans les pays d'extrême-orient (et pas seulement au Go).