Murasaki Shikibu
Romancière japonaise de l'époque Heian (vers 978 — vers 1014).

Murasaki Shikubu était apparentée aux Fujiwara, la plus célèbre et la plus puissante famille de l'époque Heian (IXe-XIIe siècle). On sait peu de chose sur sa vie. Son père était directeur au département des rites, shikibu-shô d'où le surnom donné à Murasaki. Vers 998, elle épouse un parent éloigné, Fujiwara Nobutada, qui a vingt-cinq ans de plus qu'elle; en 1001, elle est veuve. Comme c'est une Fujiwara, il n'est pas étonnant de la retrouver quelques années plus tard dame d'honneur à la cour, au service de l'impératrice Akiko, fille de Michinaga le Magnifique, le plus célèbre des Fujiwara, tant sur le plan politique que comme protecteur des arts et des lettres. L'année 1020 est l'année de la mort de Murasaki ou de son entrée en religion (laquelle correspondait aux usages de l'époque); à partir de cette date on ne sait plus rien d'elle.

Dans cette période (autour des années 1000), qui marque l'apogée des Fujiwara, jamais la civilisation de l'époque Heian n'a été plus brillante: les traditions sino-bouddhistes sont assimilées et une culture de cour se développe, dominée par le souci de la perfection esthétique. L'élite courtisane, qui forme un cercle fermé, soumis à une étiquette très stricte, s'adonne aux divertissements officiels et en particulier aux concours de poésie. L'habileté à tourner un waka est indissociable de la notion de qualité. La politique des Fujiwara assure aux femmes une place privilégiée à la cour : impératrices, épouses secondaires, dames d'honneur sont choisies dans le clan Fujiwara. Elles sont d'ailleurs au centre de jalousies et d'intrigues. L'une d'elles, Murasaki, laissera un chef-d'œuvre de la littérature japonaise: le Genji monogatari, fresque romanesque de 54 livres retraçant les intrigues amoureuses de la société courtoise des princes Hikaru Genji et Kaoru.
Encyclopédie Yahoo
En français, traduction de René Sieffert, Presses Orientalistes de France, 1977 et 1988
Un site universitaire japonais, en anglais
A lire : La vie de cour dans l'ancien Japon, Ivan Morris, Gallimard (collection La suite des temps) 1980


Copie du manuscrit du Gengi Monogatari
(Datée de Kyôroku année 4, soit 1531)


Sei Shonagon, femme de lettres japonaise (v. 968 - ?, après 1010) a écrit makura no sôshi (la boite oreiller): les notes sur l'oreiller ou notes de chevet. Dans cette oeuvre, on parle du go, il y a neuf fois le caractère Go.

On connaît peu de chose sur la vie de Sei Shonagon, amie et rivale de Murasaki Shikibu. Issue d'une grande famille, elle reçoit tout naturellement l'instruction et la culture réservées à la classe aristocratique de l'époque. En 991, elle est dame de compagnie de l'impératrice Sadako (dame Murasaki est alors au service de la seconde épouse de l'empereur); elle est particulièrement brillante à la cour. Sa maîtresse meurt en 1000. On peut penser que Sei Shonagon quitte alors le palais, mais si l'on en croit le nikki de Murasaki, elle était encore à la cour vers 1010. À partir de cette date, des légendes contradictoires courent sur sa vie. Pour certains, la peu vertueuse Sei Shonagon se serait retirée dans un couvent bouddhiste pour fuir le monde; pour d'autres, pauvre et abandonnée de tous, elle aurait eu une fin misérable; pour d'autres encore, elle aurait simplement fini ses jours dans une petite propriété loin de la capitale. Toutefois, ces légendes et ces pseudo-biographies se rejoignent sur un point: Sei Shonagon, fascinante et redoutée, est décrite comme une femme d'un orgueil démesuré, très sûre d'elle, voulant à tout prix briller en société.

Au fil du pinceau
Sei Shonagon est l'auteur du Makura-no-sôshi (Notes de chevet), qui, avec le Genji monogatari de Murasaki Shikibu, est l'un des chefs-d'oeuvre de l'«âge d'or» de la littérature japonaise. Dans le Makura-no-sôshi, Sei Shonagon inaugure un genre nouveau, celui des zuihitsu (écrits au fil du pinceau). Ce n'est pas un journal mais une suite de quelque trois cents notes décousues, un mélange d'anecdotes et de réflexions que l'auteur enfermait dans le cylindre de bambou creux qui servait d'oreiller à l'époque (d'où le titre du recueil). La moitié de ces notes consiste en énumérations de noms de lieux (c'est alors un véritable recueil géographique), et surtout de «choses agréables», «choses désagréables», «choses ridicules», «choses tristes», etc. Le style est proche de celui du poème en prose. Dans ces petites pièces au rythme rapide, d'une ironie tantôt amusante, tantôt mordante, Sei Shonagon donne libre cours à son esprit. Citons, par exemple, dans les «choses détestables»: «Le chien qui, avisant un homme qui vient vous rejoindre la nuit en secret, se met à aboyer: on le tuerait ! L'homme que vous avez caché tant bien que mal et qui ronfle», ou bien dans les «choses tristes»: «Un bouvier qui est haï de son bœuf.» Les autres notes ont pour thème les «choses vues». Dans cette suite de petites scènes décrivant la vie à la cour, galerie de portraits souvent impitoyables, l'auteur n'épargne guère que les souverains et elle-même. En effet, tout comme Murasaki dans son nikki, Sei Shonagon n'hésite pas à mentionner ses succès et ses talents sans modestie, surtout quand cela lui permet de ridiculiser au passage les femmes (de préférence) qui ont la prétention d'écrire et qui sont loin, selon elle, de posséder sa culture et ses qualités. Le grand mérite de Sei Shonagon est (outre celui d'avoir créé un genre nouveau) d'avoir donné une image réaliste de la cour. On lui pardonne facilement sa vanité d'auteur quand on considère l'humour qu'elle déploie pour se faire moraliste.
Encyclopédie Yahoo


Un manuscrit des Notes de chevet de Sei Shonagon

Des extraits en français et en japonais